De l'impasse et du contournement

De Kegeti à la Karakol Valley, la neige fait des siennes dans les Ala-Too moutains...

Cette fois Ça y est!

Visite et petites routes de campagne

Cette fois c'est la bonne! On repart ragaillardis à l'assaut des chemins kirghizes. Et pour ce nouveau départ c'est une très belle journée ensoleillée sur des petites routes de campagnes goudronnées. On est au Kyrgyzstan là, c'est pas la Suisse ?!? Deux ou trois cratères dans l'asphalte remettent le GPS à zéro. Le berger à cheval également.

Nous faisons rapidement une pause touristique pour visiter la tour de Burana, ancien minaret du XIème siècle d'un ensemble religieux disparu. On peut également voir sur le site quelques objets de l'époque ainsi qu'un petit champ de pierres taillées et pétroglyphes. La tour est bien jolie, le site aussi et le tout est gratuit. Voyager pendant un an sans salaire (en bonne fonctionnaire la chose me paraît inconcevable, même si j'ai bien de quoi voir venir a priori!) fait ressortir mon côté savoyard, enfin sauf pour les gâteaux.

Nous pique-niquons quelques kilomètres plus loin, dans l'herbe, en bord de ruisseau. Bucolique à souhait. On ne manque pas, ou plutôt on déborde, de nourriture étant à la base partis pour 4-5 jours d'autonomie ! La Fiona (cf. Shrek) qui est en moi se régale (cf. photos). On plante la tente pour la nuit tout près de l'embranchement de l'autoroute, en contrebas de la, déjà, grosse route mais invisible. On entend seulement le bruit de la rivière. Eau, arbres et coin d'herbe plat... Seul le sable pour manger nous fait un peu suer mais sinon c'est un très bon spot. 

On sait pertinemment que demain ça sera bien moins rigolo. Ça me le brise d'avance de refaire ce qui reste en ma mémoire cycliste comme une infâme portion de route! Mais bon c'est pas très long et puis c'est comme ça !

L'autoroute du mal & 1er col

Départ 11h. Je me la précipite pas pour partir pédaler aujourd'hui et profite du soleil en bord de rivière...

J'avais dit plus jamais et m'y voici : on s'traîne comme il faut avec un sale vent de face. Heureusement, il y a moins de traffic à cette heure et ça fait bien moins peur. Le chien non plus n'est plus là. Grand soulagement intérieur. Mais c'est long, long... Je regarde ma montre constamment, ce faux plat montant est infini avec ce vent. Enfin, vers 14h, nous rejoignons la bifurcation pour Kotchkor. Cela m'apparaît comme une libération alors que c'est le début de 15km de nouvelle montée pour 700m de dénivelé. Pour le coup, leurs panneaux "4% sur 1km" me font légèrement rire après l'A364. Cette seconde portion sera d'ailleurs très agréable avec moins de voitures, un goudron parfait, de beaux paysages et surtout pas de vent! Ça monte, certes, mais c'est tranquille. On est en acclimatation douce pour la suite...

Le vent  je n'en ai pas eu pendant un mois, sauf le dernier jour, et même pas une heure. Mais il faut croire qu'il vient avec l'automne et je vais vite m'apercevoir que je l'aime beaucoup en général, sauf à vélo! C'est une vraie tannée, tu as l'impression de tout donner pour faire du surplace : fatiguant et très décourageant !

On croise un gypaète et nous sommes en haut! 2160m, de la gnognote comparé à ce qui nous attend mais c'est le premier à deux et on est content! Belle redescente sur le lac d'Oktogul. Nous camperons en son bord le soir même. Le lit du lac forme une belle piste génialement plate pour rouler! Nous retrouvons le vent malheureusement et il fait bien frais. 

Tom identifie le trou de mon matelas en le plongeant dans l'eau de la rivière, glacée. Comme à la cannelle, nous lui devons une reconnaissance éternelle. Je suis tellement déçue - mon matelas, percé! - lui qui a connu les cactus de Lanzarote sans broncher, s'est vu attaqué et vaincu par une malheureuse épine de la pourtant grasse, terre khirghize. Et hier soir, c'était au tour de ma tente d'avouer ses faiblesses... Un des arceaux s'est rompu au montage. Ô peine! Celle-ci n'avait jamais failli depuis les 8 ans que je l'ai, malgré ses moults utilisations (ceci explique peut-être cela...). N'empêche, je soupçonne Tom d'avoir amené son mauvais karma chinois sur moi... Réparation scotch pour les deux qui fait assez bien l'affaire. 

Vallée de Karakol

Jour 1 : Préparation & Entrée confiante

Notre itinéraire prévu est donc toujours de rejoindre Suusamyr par la vallée de Karakol mais on prévoit d'entrer par l'est maintenant que nous avons contourné la chaîne de montagne. C'est un peu de l'acharnement, je vous l'accorde, mais on m'a si bien vendu cet endroit que nous voulons aller y jeter un coup d'œil. Il reste néanmoins à passer le Karakol Pass -  à 3 400m et qui sépare la vallée en son milieu - avant de pouvoir redescendre côté ouest et rallier Suusamyr.


Nous partons tôt de ce qui fut un très beau bivouac, et arrivons sur kotchkor sur les coups de 11h. Nouveau plein de courses pour quelques jours d'autonomie dans un immense supermarché de vrac. Ça les Kirghizes savent bien faire, dommage qu'ils mettent tout sous sacs plastiques avec lesquels je me débat comme une folle quand je fourrage dans nos réserves. Et c'est reparti! Pas pour le meilleur... Nous peinons comme des fous avec de nouveau le vent en pleine poire sur une route mi goudron troué - mi piste. On voudrait s'arrêter manger mais nous sommes à cours d'eau... Enfin voici un boui boui pour routiers! Nous nous arrêtons acheter des bouteilles et boire un thé chaud. Plus très loin se trouve la bifurcation tant attendue pour la vallée. Ô joie!


Nous nous arrêtons dans le premier champ venu à l'abri d'une haie pour pique-niquer. Un vieil homme et son petit-fils nous rejoignent. Il nous prévient dès conditions météo et nous invite à boire le thé. Mais nous n'avons pas trop le temps et finalement lui non plus, il doit aller chercher le reste des enfants à l'école. Nous vérifions ses dires sur internet et, effectivement, le passage pluvieux s'est avancé au surlendemain. Nous avons donc un jour pour passer le col et redescendre suffisamment bas pour ne pas nous retrouver bloqués dans la poudreuse (quoique cette idée a son charme). 65 km et 1500 m de dénivelé nous séparent encore du col. C'est faisable. Un peu stressant mais faisable. 


Mais il ne faut donc pas traîner ! Nous devons nous avancer au maximum ce soir. Nous rejoignons une route parfaitement goudronnée avec de superbes vues, badlands à gauche, plaine cultivée à droite et toujours les montagnes saupoudrées de neige en fond. Nous traversons plusieurs villages aux "Hello" infatigables des enfants et aux lunes étoilées des cimetières se dressant dans le couchant. Moment de grâce.

Malgré l'heure tardive, nous roulons bien et nous plantons la tente à l'abri du cimetière du dernier village, en début de piste. Il fait bien frais et nous nous glissons tôt dans nos duvets. Car, demain, on a col!

Jour 2 : Un but fabuleux

Lever du soleil et encore de très belles couleurs ! On part vers 8h30. La piste n'est pas mal au début, elle passe dans les champs et longe la rivière. Tout est absolument splendide. On est dans la carte postale du vélo au Kyrgyzstan... Mais très vite la piste devient mauvaise et pleine de cailloux : séance vibro-vélo! Et maintenant, ça grimpe ! Avec évidemment un vent de face sinon ça serait encore trop facile. Heureusement, nous sommes dans la vallée des merveilles et chaque coup de pédale vaut un coup d'œil. Nous croisons du monde, quelques camions et bergers, et à chaque fois c'est la même rengaine : le col est bloqué par la neige. On veut aller voir et puis surtout on veut voir la vallée, tant pis si on ne passe pas! Ça devient rude rude la montée, plus raide, plus haut, plus de vent... La piste est meilleure néanmoins à présent. Les montagnes couvertes de neige apparaissent avec bicoques, yourtes & bus fumants à leurs pieds. Des troupeaux de moutons, chevaux et yacks arpentent leurs flans ou soulèvent la poussière de la piste ; cavaliers et chiens sur leurs talons. La rivière gronde au fond d'un canyon ou coule doucement en différents ruisseaux dans la verte steppe. C'est grand & sauvage.


Il est 14h. Je n'en peux plus, je réclame la pause midi. On grignote sur le bord de piste avec une vue époustouflante. Nous sommes encore à une dizaine de kilomètres du col. Séance escargot-vélo... Un camion qui vient du col! Ah non, en fait il nous avait doublé plus bas et a fait demi-tour à 2 km de la passe. Il confirme la neige, photos à l'appui. 


Nous continuons encore un peu jusqu'à entrapercevoir le fameux col de Karakol! Puis nous décidons de faire demi-tour. Si nous voulions toucher la neige, il faudrait encore plus d'une heure or il est déjà presque 16h. Il fait nuit dans un peu plus de deux heures et nous ne voulons pas dormir trop en altitude au vu de la météo annoncé. Nous sommes plutôt fatigués et plus convaincu d'un plan galère que d'un possible passage : brasser la neige dans le noir ne nous donne pas du tout envie ! 


La descente est super sur une longue partie, c'est comme si on était montés pour ça ! Tom doit faire plus attention avec ses pneus tout fins - il crèvera d'ailleurs sur le bas - mais avec mon vélo, je peux aller plus vite et c'est un vrai plaisir, comme une petite session glisse (ça fait trop longtemps que je n'ai pas fait du vrai ski, je suis en manque).


Nous visons une vallée perpendiculaire croisée sur le bas en espérant y être mieux protégés. Nous y voici. Petit changement de camp après 20 min car nous sommes inondés : un fermier est en train de détourner la rivière et modifier les canaux d'irrigation. Nous nous installons un peu plus en hauteur et ce sera l'un des plus beaux bivouacs de tout le voyage ! Presque seuls dans cette vallée sauvage, seuls touristes pour sûr! Notre petite toile accompagne pour une nuit toutes les cabanes aperçues dans la journée... L'acharnement n'a pas payé, pas en terme de kilomètres en tout cas - après deux jours nous sommes toujours aussi loin de Osh. Mais autrement, par la beauté des paysages, la solitude de cette vallée perdue, par la liberté éprouvée, la dureté et la sueur de l'effort fourni, par ces étonnements admiratifs ou circonspects et l'immense sauvagerie de ces montagnes. 

Jour 3 : une sortie difficile

Le réveil est matinal pour éviter la pluie. Je monte sur la butte à l'est pour faire des photos de notre magnifique campement. La tente paraît minuscule dans ces montagnes! Le ciel est noir à l'ouest, il neige sûrement déjà sur le col. J'attends que le soleil illumine la tente en observant les nuées passer du Sud au Nord, plus haut dans la vallée. Mais ça ne va pas tarder à descendre sur nous, il est temps de plier bagage. On revient sur nos pas pour s'abriter dans une Guesthouse et réfléchir à un nouvel itinéraire, pratiquable cette fois-ci ! Nous pensions retourner sur Kotchkor mais, parvenus à la route principale, nous nous décidons finalement pour Kyzart. Aigul - un contact kirghize - me confirme que la route pour Suusamyr est toujours ouverte de ce côté, ainsi que les hôtels et si on en profite pour que Tom voit Song Kul c'est que du bonus! Jusqu'ici nous descendions, vent dans le dos sur la route parfaite, facile! Mais maintenant c'est retour au champ de nids de poule - nids d'autruche plutôt - montée et vent de face. Après la pause midi, la pluie s'y met! C'est pas si pire en vérité mais une heure après ma soif de peine et d'aventure est étanchée et je demande l'appel à un camion. On attend quelques minutes puis en voici un qui vient et s'arrête. C'est fou comme c'est facile! Le plus dur est de hisser mon lourd vélo dans la haute remorque. Et nous voici, très heureux tous les deux, dans la cabine de notre chauffeur ne parlant rien d'autre que le kirghize. Nous avons bien fait! Entre notre fatigue, l'état de la piste, le trafic des camions, le vent, la poussière, le dénivelé et les kilomètres qu'il restait, la route aurait été looongue jusqu'à Kyzart! Elle donnera d'ailleurs des sueurs froides à Tom le lendemain en imagination la suite du voyage... 

Et maintenant par où on passe?

Et justement, quelle suite? Nous profitons de la journée de pluie à la Guesthouse pour, en premier lieu, nous reposer et pour étudier un nouvel itinéraire. Après recherches internet, étude de la carte et discussions avec les locaux et autres touristes cyclistes nous avons un nouveau plan. Fiable et bien meilleur que le précédent ! Nous avions peur que tous les cols au dessus de 3 000 soient actuellement bloqués par la neige mais ce n'est pas encore le cas. Et le passage par Song Kul est accessible. Ce qui signifie que nous pouvons, via le lac, rejoindre la vallée de Naryn et atteindre Kazarman puis Osh en vélo en un peu plus d'une semaine (avec peut-être l'aide ponctuelle d'un camion). A la louche, nous prévoyons 3 jours pour monter, longer et redescendre de Song Kul ; 3 jours pour rejoindre Kazarman et 3 jours pour rejoindre Osh. C'est beaucoup plus court et on a le lac en prime! 

Les images

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