L'île inaccessible

Coup de cœur pour São Nicolau ou le Cap Vert sauvage.

Des vallées verdoyantes sur les pentes d'un volcan en plages magnifiques...

Je vous glisse une carte de l'île pour que vous fassiez une petite idée de la géographie du lieu.
Je vous glisse une carte de l'île pour que vous fassiez une petite idée de la géographie du lieu.

Tarrafal

Pêche, port, plage et contemplation

Arrivée par le ferry vers midi. Je dégote un B&B le moins cher possible un peu en retrait de la plage. De mon balcon je vois tout de même la mer et les dauphins un matin… Je reste trois nuits dans le petit port à la fois animé et endormi de Tarrafal. Rares ferrys et quelques bateaux au mouillage. La ferveur de Mindelo son armée de voiliers semblent bien loin d'ici. Je fais mon footing jusqu'à la plage, baignade dans les vagues. Personne. Je bois des bières en terrasse du musée de la pêche et contemple le retour des barquasses. Les filets lancés dans le port et l'équipe de plongeurs qui s'activent pour capturer les petites sardines qui serviront d'appât pour la pêche aux gros plus au large… Je flâne dans les rues arc-en-ciel à l'heure de la sieste, cocotiers au pas des portes. J'observe depuis ma chambre, le coucher de soleil et, à la nuit tombée, les entraînements de foot et de hand des jeunes de l'île. Je vis le slogan "No stress" du Cap Vert.  

 

J'avais toujours voulu venir ici. Il y a deux ans, nous n'avions pas pu car l'île, pourtant proche de São Vicente, n'est pas bien desservie : ni par l'avion, ni par le ferry. Nous avions du faire une croix dessus. De retour, Ilha do São Nicolau l'inaccessible, était mon unique objectif Cap verdien. Je ne pensais pourtant pas y rester deux semaines… Elles m'ont paru passées en un éclair et j'aurais pu les prolonger avec plaisir.

Une de ces belles journées de voyage

16 novembre 2019. Journée a priori organisée, s'est transformée en improvisation totale dès 10h du matin, pour finalement arriver au même point. J'avais prévu une longue rando de 24km le long de la côte, complétement hors sentier battu et un peu de taxi pour rejoindre Riviera Brava. Lever avec le soleil un peu avant 7h, départ et observation des pêcheurs. Un peu plus d'une heure de marche entre l'eau et les volcans sur une piste rocailleuse pour atteindre la magnifique plage Praia d'Boche Rotcha au sable blanc et noir et aux orgues basaltiques majestueux. C'est là que ça dérape... La plage est bien trop belle pour simplement passer à côté, ça sent le masque et tuba à plein nez! Le chemin ne passe finalement qu'à marée basse et devient très aléatoire après la plage. Et j'ai un mystérieux mal de pied qui me fait vachement souffrir. Bref, je m'arrête et je finirai par y passer la journée sur la praia entre plongée et bronzette. Sans regrets, j'ai nagé solo avec une tortue curieuse au-dessus des coraux, vu murène, poissons coffre, poissons trompette et des myriades d'autres magnifiques : un aquarium. J'ai finalement décidé de revenir à Tarrafal pour y trouver un taxi collectif. Il y en avait un mais pas pour où je voulais.. Tant pis, allons-y ! Coup d'oeil à la carte. Oh! Mais en fait ce taxi n'a qu'à me déposer en cours de route d'où je pourrais rejoindre Riviera Brava, à 5 km de là dans la vallée, à pied! Deal! Assise dans le taxi depuis 1h, j'avais oublié que j'avais mal au pied... Encore une fois, tant pis! Hop, c'est mon arrêt, je descends! J'entame le sentier vers la ville à la nuit tombante, c'est beau déjà, ça promet! 30min à la frontale plus tard je rejoins le début de la route de la vallée et là : chance! Un taxi collectif s'apprête à partir, je crie et grimpe à bord. Les phares du pick-up filent à toute vitesse sur les pavés, à l'arrière dans la benne je sens le vent doux de la nuit et je repense à ma tortue. Place du village, c'est la fête. Je vais trouver mon hôtel, puis installée et douchée, je reviens boire des bières au son de la musique Cap verdienne…

Vraiment, une belle journée. A cet instant, j'ai du bonheur dans mon p'tit coeur.

Ribeira Brava

J'ai mis en pause

Si je m'étais dis que Tarrafal était plutôt alanguie, que dire de Ribeira! Mon mal de pied est toujours là. Le petit chou est bien enflé... J'ai toujours un truc, ça me déprime un peu. Enfin, ce n'est pas bien grave. Il est dimanche, tout est fermé, les pavés ne résonnent pas de bruits de pas et les nuages menacent. Je prends les deux jours qui viennent pour me reposer et faire des trucs de la vie normale : passer à la pharmacie, faire du shopping, lire, regarder un film,...

C'est reparti!

Tentative, réussie, de reprise rando. Ici c'est le paradis pour ça. La petite ville est lovée au pied d'une vallée fabuleusement verte et escarpée, jalonnée d'anciennes routes pavées qui permettent de prendre de la hauteur et d'apprécier le décor. Petite cases aux toits de chaumes retenus par des sangles, nichées aux pied de pitons rocheux couverts d'agaves. Vol de papillons. Papayers et bananiers. Les terrasses luxuriantes emplissent le lit de la rivière à sec et montent haut sur ses flans. On entend les coups de machettes et le klaxon d'un aluguer. On aperçoit deux grandes oreilles d'âne entre les plumeaux des cannes à sucre.

 

Je ne coupe pas au plan galère d'emprunter un sentier non entretenu, pourtant signalé par un gros trait rouge sur ma carte. Je bartasse sévère. Chaque plante est un velcro qui s'accroche à mes chaussures, mes habits et même ma peau. Ces 350 m de dénivelé dans la nature me vaudront de jolies griffures, qui me valent elles-mêmes encore aujourd'hui un merveilleux bronzage zébré du plus bel effet sur la plage caraïbe… Je finis quand même par déboucher au sommet et continue la balade sur de plus clairs chemins. Je profite. J'avale 20kms de rochers, de villages d'araignées tigrées gigantesques fixées dans leur toile, de plaine semi-aride qui me font penser au bush australien - bien que je n'y ai jamais mis les pieds et qui est en train de brûler le pauvre... Je vois la mer de tous les côtés. Redescends, puis remonte. Passe de longues minutes à photographier soit une chenille fluo, soit un papillon ou une sauterelle - j'en soulève des nuées à chaque pas - pris au piège dans les pates diablement crochues d'une nouvelle arachnéenne. La lande est déserte. Ces anciens chemins doivent connaître bien peu de pas à présent. Je vais jeter un coup d'oeil au village devenu presque fantôme de Fonthainas. J'y croise un seul habitant pour tout un troupeau de vaches et plusieurs ânes. Volcan Monte Gordo en toile de fond. C'est beau. En tout et pour tout, j'aurais croisé deux randonneurs comme moi accompagnés d'un guide Cap verdien, sinon des locaux dans les villages. 

Prochaine destination : Praia Branca, petite bourgade située sur la côte ouest. Actuellement en plein centre, je dois la rejoindre à pied sur d'a priori jolis chemins de randonnée puisqu'ils passent par le parc national du Monte Gordo, le volcan. Il n'y a pas tant, 15 km mais avec mes affaires sur le dos et puis tout de même 1400 m de dénivelé. Après quelques problèmes postaux à régler en France, je pars. En retard donc. 

 

Ce fut ma plus belle marche! Mal de pied aux oubliettes. Tout est magnifique. Tout est grandiose. On chemine de vallée merveilleuse en vallée merveilleuse sur de petites drailles aux jolis murets volcaniques entre champs de maïs et herbes sauvages. La terre est rouge. La roche noire. Cactées, lézards et araignées. Je m'émerveille devant tout. Je m'arrête littéralement toutes les minutes prendre une photo. Ce qui fait que je mettrais des plombes pour arriver à destination. En fin de randonnée, je rencontre les deux jeunes du voilier Avalon que je ne connaissais pas mais nous finirons par faire des connections dans la conversation puisqu'ils ont déjà rencontré Vennec. On rigole bien mais il ne faut pas trop traîner car le soleil se couche. Je descends les flans du volcan avec des bouffées de splendeurs. Les lumières chaudes de la fin d'après-midi recouvrent de feu les escarpements verdoyants, je dois être trop sensible mais pour moi le spectacle est incroyable. Remontée ardue, redescente encore plus, avant de rejoindre le col permettant de glisser côté Praia Branca. La nuit me rattrape à ce moment là et je finis à la frontale, trop heureuse d'arriver après cette parfaite journée dans mon ecolodge que je m'offre pour mon anniversaire. Chaleureusement accueillie par Sergiu et Simone, les propriétaires, et leur deux enfants. Mais aussi par Adam et Theresa, un couple d'américains venant de Jackson Hole, Idaho et avec qui je passerai de super moments!

Praia Branca

Inoubliable anniversaire

On est le 21 novembre 2019 et je ne pouvais pas rêver meilleure journée pour un anniversaire loin de chez moi.

Deux anniversaires au Cap Vert, sur les deux plus belles îles de l'archipel. Je me souviens comme si c'était hier de mes 27 ans sur Santo Antão et il en sera surement de même de ces 29 sur São Nicolau tellement j'ai rempli mes yeux d'images magnifiques ce jour là! J'ai fait l'ascension et le tour du Monte Gordo. J'ai grimpé de raides sentiers s'élevant au-dessus d'une cascade de cultures en terrasse, j'ai marché sur des crêtes où tu te sens si libre et si vivant dans ces montagnes perdues dans le monde que te vient un cri de joie, j'ai traversé des forêts d'eucalyptus et de pins, j'ai perdu un chien. J'ai dévalé des pentes de gravier volcanique noir, aussi léger que de la blanche poudreuse, vu des champs d'aloe vera qui poussait là dans ce désert lunaire. Je me suis perdue, griffée, déchiré mon T-shirt. J'ai couru sur le petit sentier pour rattraper le temps. J'ai admiré un volcan dans l'illumination orangé d'un soleil d'Afrique qui décline, j'ai marché sous les étoiles, j'ai retrouvé une maison où l'on m'attendait avec une part de gâteau surmonté d'une bougie. J'ai dîné en bonne compagnie avec des inconnus qui sont devenus des amis. Ah oui, et je me suis fait attaquée par une blatte dans la nuit!

Inoubliable anniversaire!

Farinha Do Pau, encore

J'étends mes jours à Farinha do Pau, l'écolodge car l'endroit est chaleureux, d'autant plus avec Adam et Theresa dans la chambre d'à côté et les italiens - pêcheurs depuis 15 ans sur Boa Vista - débarqués pour deux soirées. Et puis c'est bien situé pour visiter ou randonner. Je vais voir le Cabeirinho, pointe sculptée par les vagues qui viennent s'écraser sur les falaises de sable devenues roches. Elles y dessinent d'autres vagues dans la pierre. Le spectacle des énormes masses d'eau qui s'enroulent, courent vers les rochers pour finir dans une explosion d'écume, fascine et terrifie par sa puissance infatigable. L'après-midi, je pars avec Adam et Sergiu pour les observer surfer et profiter de la plus calme plage de Praia Grande. Le lendemain, j'irai faire une boucle vers Ribeira da Prata dans la verdoyante vallée suivante en revenant le long de la côte pour regarder les pêcheurs sur les platiers. Cette fois-ci, je ne découragerai pas Scuby le chien qui restera avec moi jusqu'à la fin et profitera aussi de la voiture, en mode grand luxe sur le siège passager avant, des deux brésiliennes rencontrées sur la plage. 

Carriçal & Juncalinho

Adam et Theresa me proposent de passer la journée avec eux pour aller avec leur 4x4 à Carriçal, petit village de pêcheurs de l'autre côté de l'île, côté est. J'accepte volontiers et prends mon barda avec moi dans l'idée de rester dormir à Juncalinho, sur la route, côté est également. Carriçal se mérite! Après deux heures de voiture, dont une partie sur piste sur les crêtes pas facile, nous débarquons entre la quinzaine de maisons qui entourent une petite crique, quelques barques, une plage et un quai. Nous louons les services d'un pêcheur pour qu'ils nous emmènent le long de la côte nous baigner et visiter une grotte. Excursion sympatique suivie d'un délicieux déjeuner, dans le restaurant ouvert pour nous, de salade de tomates et poisson cru mariné. Au retour, mes gentils accompagnateurs Adam et Theresa me dépose à Juncalinho, on boit une strela kriola  en se promettant de se retrouver en Ardèche ou en Idaho. Ca me donne des envies de retour dans les grands parcs américains!

 

Juncalihno, autre minuscule village aux rues en terre battue, aux petites maisons rudimentaires, entouré de cultures aux flans des montagnes et de la mer qui fouette ses falaises de basalte. D'ici partent des chemins très peu empruntés, tout du moins pas par les touristes. Déjà parce qu'il n'y en pas ou presque des touristes et ensuite parce que ceux qui viennent sur l'île poussent rarement jusqu'ici car c'est loin et plus aride. Je profite de mes deux nuits sur place pour sillonner les crêtes dans un paysage africo-andaloux-écossais : murets de pierres sèches, plateaux arides, agaves, océan et falaises. Avant de partir, je profite de la matinée aux piscines naturelles et monte dans un aluguer sur les coups de midi pour rejoindre Tarrafal. Il faut bien rentrer...

De retour en rencontre

J'arrive donc dans l'aprem du mardi 26 novembre sur Tarrafal et vais directement à ma petite pension préférée, pas cher et vue sur mer. Je dois rentrer avec le ferry du vendredi mais je me dis que je peux peut-être trouver un voilier pour me ramener, ca serait plus sympa. J'arpente donc la rue sur la plage et les bars en abordant chaque touriste croisé s'il serait pas sur un bateau et prêt à m'emmener à Mindelo. Il y a de tout, des qui voyagent pas en voilier, des qui naviguent mais qui sont complets, des qui naviguent mais qui ne vont pas à Mindelo. Je finis par tomber sur Hervé & Caroline, en voilier, pas complet, pour Mindelo mais avec trois enfants qui bougent et qui ne se sentent pas trop de m'emmener, surtout qu'ils passent par Santa Luzia et que du coup ce n'est pas simplement une journée de voile mais deux jours / deux nuits à bord. Bon tant pis! Je réessayerai peut-être demain. Je vais boire un verre en terrasse. Ah ben tiens! Revoilà Hervé et Caro et toute la famille! Nous buvons donc notre apéro ensemble, on échange nos numéros au cas où, on discute et c'est bien sympa. Ils sont de Lorient, voileux plus qu'aguerris ; Caro bosse dans une équipe du Vendée Globe, Hervé dans le social et ils ont trois enfants : Juliette (5 ans), Jean (7 ans) et Pierre-Louis (9 ans). Ils sont partis pour une boucle Atlantique au moins, sur un feeling 416.

 

Au matin, je reçois un message :

" Salut Lara, si tu es prête à supporter les cris et le bazar et l'ambiance classe multi-niveau, on t'embarque! "

Oh joie!

Je ne regretterai pas d'avoir "supporté" tout ça parce que j'ai eu aussi droit aux sourires, aux dessins d'enfant, aux plongées, aux gâteaux marbré et roses des sables, à ma cabine, à faire la classe en individuel sur un bateau, à enfin une belle navigation sur un autre voilier qu'un RM, à la pêche, aux petits plats et petits matins toasts-confiture, à l'ambiance famille de la mienne qui me manque, à voir Santa Luzia - la belle île vierge et désertique qui n'était pas du tout au programme, aux riches discussions et à leurs récits de vie passionnants entre régates de mini, Patagonie, projet associatif autour du monde et Vendée Globe. Bref, une belle rencontre pour un beau retour sur Mindelo. Une rencontre qui ne s'arrêtera pas là puisque je serai la gardienne de leur bateau pour leur trois jours de visite sur Santo Antão et que je passerai le réveillon de Noël avec eux en Martinique et que je les ai encore croisé hier sur une plage guadeloupéenne…

Mais tout ça c'est encore une autre histoire.

Les images

Il y en a des tonnes...

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