Karukéra tu m'auras

Que dire…? La Guadeloupe c'était le feu. Le feu.

A cause de tout. Voici un début d'explication...

 

25 décembre, Arrivée peu planifiée

Je prends le ferry pour Fort de France à 15h. J'ai grugé le camping et j'arrive en moins de deux car au niveau du Marin celui qui me prend en stop décide de m'amener jusqu'au port. Sympa. Même si j'ai du mal à éprouver de la reconnaissance pour les antillais qui sont trop dans le harcèlement pour ne pas éveiller colère et réticence... Je préférerais attendre un peu plus en bord de route et ne pas à avoir à essuyer beaucoup de leur remarques.

 

Le ferry trace à une vitesse hallucinante… Tellement hallucinante qu'elle vaut la peine d'être mentionnée. Nous faisons un stop à Roseaux - Dominique - et ça me fait un petit quelque chose car j'ai déjà été un 25 décembre sur cette île. J'avais 5 ans. C'était le premier Noël aux Caraïbes. Celui-ci avait été bien plus heureux! J'ai gardé en mémoire la joie de ces vacances. De la rivière, des palettes de peinture, du sapin-palmier, de mon cadeau cette année-là : un livre, Le maître des éléphants. Un très bel album que je lis encore souvent à mes élèves, toujours avec émotion. Je me souviens aussi de ma frustration de ne pas aller voir le lac bouillant, c'était une rando pour les parents, trop longue, trop dangereuse. Ça ne sera toujours pas pour cette fois-ci. L'île apparaît mystérieuse et magnifique dans les lumières du couchant.

 

Il fait nuit maintenant. Arrivée irréelle dans un Pointe à Pitre désert en ce soir de 25 décembre. Mais qu'est-ce que je fabrique ici sans avoir rien préparé?!? Je pensais faire du stop jusqu'à Bouillante, où j'ai la plongée le lendemain. Mais je m'aperçois - bravo Lara, belle perspicacité à retardement - qu'en fait c'est peut-être pas le plan facile de nuit alors qu'il faut sortir de la ville, qu'il y a pas moins d'une bonne heure de route et rien de direct! Je laisse tomber ce plan qui sent très fort la grosse galère, je suis pas d'attaque. J'essaie de trouver sur internet où passer la nuit. Portable HS. Je suis vraiment super débile comme fille. La dernière adresse booking trouvée est inexistante, ça doit être une arnaque. Bon… Je trouve le centre au flair ce qui n'est pas trop compliqué et demande un hôtel au premier bar ouvert - il n'y en a qu'un. On m'indique le St John Perse pas trop loin, 75€ mais je ne dors pas dehors dans cette ville morte, ce qui, quand même, me rassure. Je vais manger un bokit - le sandwich guadeloupéen avec un pain un peu frit, c'est super bon - et bonne nuit!

 

Le lendemain je me tape un deuxième petit coup de stress en réalisant qu'il me faut un certificat médical pour ma formation de plongée! Je remplis ma mission de trouver un médecin en urgence en ville en moins d'une heure. Tout ça était proprement inutile pour le coup puisque finalement ils s'en ficheront complètement de mon certif au club... Anyway... Tout ne peut pas toujours s'emboîter comme il faut, ce n'est pas grave. Je me répète ça pendant un moment parce que l'ascenseur émotionnel de ce Noël entame sérieusement mon modjo. Enfin, je récupère mon sac à l'hôtel, gagne à pied la station de bus, embarque pour Pointe Noire, encore un petit coup de stop et me voici sur Basse-Terre, à Pigeon, Bouillante, au club de plongée!

Inch'Allah! Les vacances guadeloupéennes peuvent commencer après cette arrivée légèrement chaotique… 

planète bouillante

En Guadeloupe les communes sont très étalées et les routes n'étant pas franchement rectilignes, les trajet se font vite longuets. Il est donc plus pertinent de parler en terme de lieux-dit. Ma planète Bouillante s'étend du centre ville au sud, où se trouve les Bains chauds, jusqu'à la plage de Malendure au nord. Au delà, on tombe rapidement sur la bifurcation pour la route de la traverséequi coupe dans sa largeur les jungles abruptes de Basse-Terre - la partie ouest de Gwada - puis la commune de Pointe Noire. Au milieu de planète Bouillante se trouve le lieu-dit Pigeon où se trouve le club de plongée et où habite Charlotte. Planète Bouillante c'est une petit monde de guadeloupéens, de métro installés et de métro saisonniers, où tout le monde se connait à peu près. 

Malendure, the dream beach

Malendure c'est une plage : l'épicentre de Planète Bouillante. Une petite plage de rêve lovée dans un virage de la route littorale, avec son sable doré et ses cocotiers. C'est un haut lieu touristique car elle concentre de nombreuses activités dans un joli décor et une chouette ambiance. En face, il y a les îlets Pigeon et la réserve Cousteau. A l'extrémité nord : le mouillage, sous lequel viennent brouter les tortues. Des sanitaires et des douches. Des paillotes pour manger des fruits de mer, un bokit ou des churros ; boire un punch ou une bière au coucher du soleil en attendant le concert de Gwo Ka. Un peu en retrait, une bonne vingtaine de cahutes en bois pour tous les bureaux de plongée, location de kayak, promenade en bateaux, snorkeling... Malgré ça, les locaux sont là eux aussi, autant pour travailler que pour profiter du lieu pour les même raisons.

 

Ici, j'irai de rencontres en rencontres et de découvertes en découvertes avec une formidable simplicité! Via Ondine, une amie de Tom qui a travaillé ici pendant une saison d'hiver, je vais boire un verre un soir avec Antoine qui est avec Elyse et Pilou. Pilou m'emmènera chez Idir pour le nouvel an où je rencontrerai Cyril, Robin et Valentin. Une autre soirée chez Idir, je verrai Sarah et Delphine, monitrices de plongée très chouette. Et avec Charlotte, ma logeuse, c'est pareil! Du coup mon séjour express de plongée guadeloupéenne se transforme bien vite en une longue gravitation à durée indéterminée autour de la Dream Beach ... Et je me laisse porter sans aucun regrets. Après mon coup de blues martiniquais, je revis. Bien entourée et avec tant à faire, je n'ai aucune envie et aucune raison de sortir de l'orbite confortable de planète Bouillante.

Les bains chauds

L'origine du nom de " Bouillante " vient des multiples sources thermales d'eau chaudes situées sur le territoire communale, résurgences de l'activité volcanique de l'île. Pour cette raison, une centrale géothermique a été installée en 1986, la première des deux existantes en France aujourd'hui. Il y a donc plusieurs " bains chauds " sur la commune dont l'un deux est directement sur la plage de galets du centre-ville, là où sortent les eaux de la centrale. L'eau puisée dans les sous-sol alentours est finalement relâchée en surface autour de 40°C, pas plus car sinon cela provoquerait un réchauffement plus en profondeur et affecterait la vie sous-marine environnante. C'est avec force et gros bouillons qu'elle est rejetée à 15 m de la plage,  ce qui en fait un énorme jacuzzi en mer libre aux propriétés curatives. Un délice. Je le découvre la première fois avec Idir qui m'emmène un soir après une sympathique soirée à quatre à parler plongée et transatlantique. J'y retournerai après ma rando des chutes du Carbet : bain chaud gratuit sous pluie tropicale puis étoiles pour se détendre les muscles... Mais c'est le rêve cet endroit! Et, enfin, il est un passage obligé après chaque plongée au club Evasion avec lequel je profite d'une dernière exploration sous-marine avant de quitter la parfaite Karukera. 

La rando palmée

C'est aussi Idir qui m'invite à la rando palmée. Idir bosse chez Caraïbes Kayak qui propose des locations et des sorties bateaux pour découvrir les fonds marins sur deux ou trois sites autour de la plage et des îlets Pigeon en masque et tuba. Je profite gratuitement de la sortie en tant qu'accompagnatrice - ils sont franchement sympas ces gens du coin! Et c'est très cool de faire un peu de simple snorkeling après toutes ces plongées, je découvre un nouveau site derrière la pointe de Malendure, le jardin japonais où les éventails des Gorgones sont légions et dansent avec une élégante lenteur dans la légère houle. C'est agréable de voir les îlets d'une autre manière, et enfin je suis très heureuse de suivre dans les herbiers les tortues tout occupées à brouter. Elles sont toujours là les tortues, c'est des sédentaires de la Dream Beach. Il paraîtrait que lorsque vient la nuit elles migrent vers les îlets pour trouver un rocher ou morceau de corail sous lequel se faufiler pour dormir, sans quoi elles remontraient à la surface.

Initiation apnée

Antoine, l'ami d'Ondine est passionné d'apnée. Il s'entraîne pour devenir moniteur. Il m'avait proposé une petite initiation et en en parlant avec mes nouveaux copains Youena, Franck et Charlotte, ils sont bien emballés par l'idée. Nous voilà donc tous partis, avec deux autres amis d'Antoine, pour s'initier à l'apnée. On commence par quelques exercices de relaxation et de respiration sur le bord, puis nous partons à la nage le long de la côte pour atteindre les 10 m de profondeur derrière le mouillage. Antoine installe la bouée lestée et c'est parti. Petite préparation respiratoire, plongeon canard, quelques coups de palme lents jambes bien tendues et le voilà au fond à nous regarder par en-dessous... Je pensais que je n'allais pas franchement avoir le goût du truc et puis en fait si, complètement! Même si je n'arrive pas à descendre autant que je le voudrais pour cette première fois : je gère mal la pression des oreilles et reste bloquée sur la barre des 5-6 mètres , alors qu'en plongée aucun problème mais il faut dire que c'est plus lent... Je ne désespère pas et me console en me disant qu'une fois passer ce cap, je pourrai aller au moins à 10 m. En réalité, notre capacité pulmonaire moyenne fait que le commun des mortels peut apparemment descendre jusqu'à 10 m sans problème. Seul le mental - ou les oreilles.. - vous empêche de le faire. Comme évidemment on ne sait jamais ce qu'il peut arriver, et qu'il peut être très tentant - mais fatal - une fois au fond d'y rester plus que notre corps nous le permet, il est toujours conseillé de pratiquer l'apnée au minimum en duo. On admire nos moniteurs qui semblent évoluer à la fois si près et si loin de nous et puis on rigole pas mal de nos essais infructueux et des tentatives ratées pour descendre, notamment les plongeons canard très personnels de Charlotte qui ne dépasse pas les 1 m 50 mais éclabousse copieusement ses voisins en battant l'air de ses jambes avec vigueur. On se retrouve tous au bar pour profiter des derniers rayons de chaleur dans les vapeurs de rhum et commenter nos petits exploits. 

Road trip sur Grande-Terre

L'île de la Guadeloupe a une forme que l'on compare souvent à celle d'un papillon. L'aile gauche c'est Basse-Terre : apparue en premier, elle est montagneuse et composée de roches volcaniques. L'aile droite c'est Grande-Terre : apparue plus tard elle est beaucoup plus plate et essentiellement calcaire.

J'ai passé beaucoup de mon temps sur l'aile ouest du papillon guadeloupéen car c'est là que se trouve les montagnes, le sauvage et les randos. L'aile est, Grande-Terre est vallonnée mais pas plus et, surtout, bien urbanisé. Il paraît qu'il y a tout de même de jolies choses à y voir et je décide d'y consacrer un petit road trip à la journée. Je pars de Sainte-Rose, où j'ai dormi à l'auberge de jeunesse Hippie Happy House, et je commence mon tour par Le Gosier : station-balnéaire au sud de Pointe à Pitre. C'est pas vilain mais très touristique, je pars vite. Je suis la côte jusqu'à Sainte-Anne où je voudrais voir la renommée plage de la Caravelle. C'est beau hein... une forêt de cocotier au bord d'un lagon turquoise. Mais je repars très vite aussi parce que ça me déprime d'être en plein vent au milieu d'un tas de gens, coincée entre le club med et les kiteurs-méchus-bronzés. Je me sens pas bien, me voici devenue chauvine de Basse-Terre & Bouillante en un peu plus d'une semaine... Je vadrouille un peu dans l'intérieur des terres en jouant à me perdre sur les petites routes. C'est plus sympa dans ces collines boisées en retrait des plages : jolies maisons, des jardins et de grands arbres, des champs et des rivières.

 

Je pousse jusqu'à Saint François car l'on m'a conseillé la Pointe des Châteaux à l'extrême Est de l'île. Ça fait une trotte! J'arrive au crépuscule. La mer est grosse, il a beaucoup venté ces derniers jours, et déferle sur la falaise morcelée. L'endroit est brut et sauvage. C'est d'ailleurs toute la péninsule qui est bien préservée des habitations et où l'on peut faire de longues balades. Un bon nombre de personnes est venu admirer le coucher du soleil et la puissance de l'océan. Je m'éloigne et suis l'un des sentiers, une petite boucle qui finit par rejoindre la croix, point culminant de la pointe. Les lumières des îles de la Désirade, Marie-Galante et les Saintes s'allument dans le soir rose. Bientôt la pénombre et les premières étoiles qui l'accompagnent. Il n'y a plus personne. Il paraît qu'au printemps des baleines sont fréquemment aperçues de ce perchoir.  A l'abri des rochers l'air est chaud, parcouru de lucioles. Cela faisait bien longtemps que je n'en avais pas vu. Je rejoins la plage à la frontale et retrouve ma voiture restée seule sur le parking. 

 

Je n'aurais rien vu de l'Anse Bertrand, du Moule, de Port Louis ou de Vieux Bourg. Peut-être suis-je passée à côté de supers coins de Grande-Terre. Mais de ce que j'en ai vu, je suis plutôt déçue. A part cette pointe, c'est très urbanisé, touristique et ambiance bobo-chic en comparaison de Basse-Terre... Je n'ai pas trouvé de quoi m'émerveiller cette fois-ci!

Les jardins en terre de jungle

Les jardins c'est mon truc. J'aime ça. La forme des fleurs et des arbres, les chemins tracés, les sculptures, les fontaines... Toutes ces douces compositions voulues et entretenues. Je n'ai pas du tout la main verte et je ne suis pas une encyclopédie des plantes mais je suis très bon public quant aux curiosités végétales et la création de ces tableaux de verdure.

Je visite deux jardins en Guadeloupe : celui de Valombreuse et celui de Deshaies. Chacun présente de beaux paysages et plantes intéressantes mais j'ai une préférence pour Valombreuse. J'ai visité ce dernier avec mes partenaires de plongée : Rachel et Dino, la mère de ce dernier nous accompagnant également. Il est moins cher et plus "fouilli", avec en bonus l'accès au bout d'une marche de 20 min à une petite cascade naturelle au très joli bassin turquoise en plein cœur de la jungle. Nous nous y baignerons avec Dino. Rachel qui était mal chaussée pour la boue et les racines du chemin n'est pas venue.  Ce fut ma première marche dans la jungle, ma première cascade, ma première baignade et un bien chouette moment partagé!

 

Le jardin botanique de Deshaies quant à lui, possède de vieux arbres et de beaux espaces mais il est un peu trop travaillé à mon goût. Cela manque de naturel même si les végétaux sont impressionnants et plusieurs décors réussis. 

dernière journée, la parfaite compil

 J'étais censée rester quelques jours en Guadeloupe.. Juste le temps de la formation plongée. Déjà venue petite j'avais, en théorie, plutôt envie de découvrir la grande inconnue Martinique. Mais finalement, l'ambiance m'a happée! Les belles rencontres, les belles randos, les belles cascades... Toujours de nouvelles propositions pour de nouvelles découvertes. A Bouillante, sur Malendure, au Hamac camp ou à l'Happy Hippie House ; tout appelait à rester, à découvrir et profiter de la magie sur Basse-Terre. 

 

Une fin d'après-midi, lisant sur la plage,  je remarque trois têtes blondes connues sautant les vagues et courant la plage. Juliette se jette dans mes bras et ils m'emmènent à leurs parents. Je discute un moment sur le sable avec Hervé et Caroline, je suis heureuse de les croiser de nouveau après le Cap Vert et le réveillon en Martinique offert. Ils y repartent d'ailleurs pour le 19 accueillir la mère de Caroline. C'est une bonne dead line pour moi et ils sont d'accord pour m'emmener une nouvelle fois! 

 

Voici venu le samedi 18 janvier. Ce soir j'ai rendez-vous : embarquement sur Lolita et départ dans la foulée. Voici venu le temps de poursuivre le voyage. D'autres îles m'appellent, d'autres rencontres. En honneur à la fabuleuse Karukéra qui m'a tant séduite, je m'offre pour cette dernière journée la parfaite compilation des plaisirs guadeloupéens!

Pigeon : lever sur les îlets. Café sur la terrasse car hier soir, j'ai dormi chez Charlotte. Nous étions la veille tous ensemble en excursion catamaran sur Petite Terre. Je roule jusqu'à la lézarde pour voir enfin cette fameuse cascade! Mini extrait de mes randos-gadoues pour une baignade avec seules les gouttes de pluie en compagnie. Le cul nu dans le grande vasque bleue, cerclée d'un mur vert de lianes et de fougères, je me perds dans le défilement infini du "saut" de la rivière. Je savoure la solitude, la nature, le sauvage et la nudité. Ce curieux mélange qui donne naissance à la vivante liberté qui m'ouvre le cœur. De retour sur Malendure, je bois un jus sur la plage détaillant les équipes kayak & plongée s'affairer pour la journée qui vient. J'apporte les croissants pour un brunch avec Charlotte, Youena & Franck. On se dit au revoir, mais surtout à bientôt. Puis je pars pour la plongée. J'ai réservé une dernière exploration, dans un nouveau club pour changer de site. Je ne regrette pas, c'est magnifique aussi de côté là! Les coulées volcaniques forment à la pointe des chemins de pierres couverts de coraux où une myriade de poissons passent et se cachent. Nous croisons même le chemin d'une tortue. La plongée se termine par un moment de détente aux bains chauds à deux pas du club. Il est maintenant temps pour moi de rendre la voiture à l'aéroport. Je la dépose sans problèmes et trouve, devant l'agence de location, une voiture en partance pour Pointe Noire. Parfait pour rallier Deshaies! Quelques rencontres et voitures plus tard, me voici dans le centre ville, une bière à la main, terrasse sur le mouillage, à attendre tranquillement qu'il soit l'heure de rejoindre Hervé et Caro. En cet instant, je me sens gonflée comme un diodon de chance et de bonheur. Triste de cette île à quitter, heureuse de la suite à venir, portée par l'envie et les souvenirs.

Les images

Planète Bouillante & autres

Jardin de Valombreuse

Jardin botanique de Deshaies

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